Reconnaissance faciale : un débat urgent

Colonne vertébrale d’une société où l’Etat occupe une place centrale, la fonction publique en France souffre dans le même temps d’un manque criant de considération. Au-delà des clichés, aucun Etat comme le nôtre ne peut se passer d’une fonction publique performante et reconnue. La crise sanitaire a mis en lumière le rôle central des agents dans la bonne marche du pays.

Le nombre de fonctionnaires a toujours été le point de crispation central. Il est vrai que les effectifs n’ont cessé de croître depuis 30 ans et que le pays se place dans la moyenne haute de l’OCDE. Mais les comparaisons internationales ont leur limite, d’autant que certains secteurs en France, comme la justice ou l’hôpital, continuent à souffrir de sous-emploi chronique.

Cela étant dit, les lourdeurs et les dysfonctionnements existent dans la nébuleuse d’employeurs et la multitude de corps et de statuts. Plus largement, la fonction publique doit se réformer pour répondre aux profonds changements intervenus dans la société française ces dernières décennies. On peut distinguer trois axes prioritaires.

L’attractivité d’abord : la fonction publique peine à attirer les jeunes et les talents. Témoin de ce désaveu, la sélectivité des concours externes de la fonction publique ne cesse de baisser. Pour remédier à ce déficit, une série de décisions significatives doivent être prise en matière de conditions de travail, de culture managériale et de rémunération.

La fonction publique n’est également pas assez à l’image de la société : beaucoup d’enfants de fonctionnaires et pas assez de personnes issues des classes populaires ou de l’immigration dans les catégories les plus élevées. Les « écoles de service public », comme l’ENA ou l’ENM, et leurs concours ont un rôle clé à jouer pour attirer de nouveaux profils.

Elle doit enfin assurer une plus grande mobilité professionnelle à ses agents, un prérequis majeur à toute stratégie de montée en compétences. Or, son organisation actuelle freine les opportunités, de part notamment le poids des critères d’ancienneté et du classement dans les affectations.

La loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, qui prévoit des ajustements principalement techniques, n’a malheureusement pas amorcé de virage significatif sur ces questions. Sans véritable vision politique, elle est passée à côté d’une réflexion en profondeur sur le rôle, les principes et le sens de l’emploi public.