La chute de la publicité met la presse gratuite en position délicate

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En ce moment, Jean-Michel Arnaud, le président du quotidien gratuit Metro, passe beaucoup de temps à démentir les rumeurs : « Non, le journal ne va pas fermer », « Non, il ne va pas fusionner avec 20 Minutes. » En revanche, M. Arnaud confirme les informations selon lesquelles la participation de TF1, qui détient 34 % de Metro, pourrait bouger. « TF1 se pose la question de sortir ou de monter au capital »,affirme-t-il. Encore faut-il que la chaîne trouve un investisseur intéressé ou que son propre actionnaire, le groupe Bouygues, accepte desuivre.

Au premier trimestre, le chiffre d’affaires réalisé par Metro en France a chuté de 14 %. Celui de 20 Minutes a baissé de 9 % pendant la même période, avec une perte d’exploitation de 1,9 million d’euros. Beaucoup d’observateurs estiment qu’avec le troisième acteur du marché, le réseau Direct Ville Plus, propriété du groupe Bolloré (dont Le Monde est partenaire pour le gratuit Direct Matin), le secteur de la presse gratuite en France est saturé. Une situation devenue évidente avec la chute des recettes publicitaires, unique ressource de ces journaux.

« Il y aura une inévitable consolidation, mais qui sera le premier à en faire les frais ?, s’interroge Jean-Clément Texier, banquier spécialiste des médias. Tous les regards se portent actuellement vers Metro. Même si celui-ci s’est développé sur un modèle à bas coût, qui lui permet d’atteindre plus facilement un petit équilibre. »

En termes de diffusion, 20 Minutes caracole en tête, que ce soit en Ile-de-France ou sur le territoire avec ses huit éditions (755 183 exemplaires diffusés chaque jour en moyenne en mars). La position de leader permet denégocier en situation de force auprès des annonceurs.

Bolloré veut ravir cette première place à 20 Minutes. Une édition strasbourgeoise du réseau Direct Ville Plus devrait voir le jour courant 2009. Bolloré Médias, qui a investi 80 millions d’euros dans ses gratuits et sa chaîne Direct 8, veut atteindre l’équilibre en 2011 ou 2012. « Nous n’avons pas les problèmes de 20 Minutes ou Metro : nous sommes en phase de croissance, assure Jean-Christophe Thierry, président de Bolloré Médias. Nous bénéficions du soutien d’un actionnaire motivé, qui a l’habitude d’investir dans des projets à long terme. »

« SUPPORTS PUISSANTS »

Toutefois, certains estiment qu’il ne faut pas enterrer trop vite la presse gratuite : « Ce sont des supports puissants, qui sont lus par des jeunes, contrairement à la presse payante, et restent attractifs auprès des annonceurs », souligne Luciano Bosio, directeur des études du groupe Figaro.

Le PDG de 20 Minutes, Pierre-Jean Bozo, cherche à rassurer en affirmant que la presse gratuite a mieux résisté que la presse payante à l’effondrement de la publicité : « Lagardère Active annonce une chute de 18,3 % au premier trimestre, nous sommes à – 9 %. Pour la première fois en ce début d’année, les trois titres de presse gratuite ont vendu presque autant de pages que tous les titres de presse quotidienne nationale payante réunis. »M. Arnaud en tire cette conclusion : « Le modèle économique de la presse payante est plus menacé que celui de la presse gratuite. »
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