Finissons-en avec cette politique culturelle du flou artistique !

Publié le 19/05/2016

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La politique culturelle de la France est hésitante et paradoxale. Il est temps de redéfinir le rôle et la place de la culture.

Sans offenser les onze ministres qui ont succédé à Jack Lang depuis 1991, la politique culturelle se cherche… ou cherche une réponse à une question : que doivent être en France le rôle et la place de la culture au XXIe siècle ?Le flou artistique prédomine. En cause, des bouleversements qui modifient l’environnement « classique » de la politique culturelle.

La part de financement public dans le budget des établissements culturels se réduit pour atteindre chez certains à peine 50 %. Certes, l’État demeure un important mécène de la culture, mais il n’est plus le seul – surtout depuis l’affirmation des collectivités locales – et l’est de moins en moins. La contraction du budget de l’État se répercute sur celui des collectivités.

D’après l’association des petites villes de France, 95 % des édiles envisagent de baisser leurs dépenses dans les domaines du sport et de la culture. Autre bouleversement : le brouillage de la frontière entre culture et divertissement. Enfin, la culture est une manne. D’après le rapport de l’IGAC de décembre 2013 (Durieux-Kancel), le secteur contribue à 3,2 % de la création de richesses du pays et emploie 670.000 personnes.

Paradoxe français

S’y ajoutent des maux plus français : le saupoudrage des crédits qui revient à donner (trop) peu à (trop) de monde ; la contradiction ou l’absence de définition et de priorisation des objectifs des politiques culturelles qui doivent à la fois favoriser le lien social, réduire les inégalités, lutter contre l’échec scolaire, transmettre un patrimoine, attirer le public touristique, dynamiser les territoires. Avec, à la clef, des résultats contrastés : si 12 millions de Français ont participé aux journées du patrimoine en 2014, 70 % des ouvriers n’ont pas lu un livre durant l’année ; 20 % ne sont allés qu’une fois au musée.

Par ailleurs, les réformes territoriales suscitent fantasmes et crispations. Les regards se tournent aujourd’hui vers la Bretagne qui vient de bénéficier, par un décret du 30 décembre 2015 , d’une délégation de compétences de l’État dans les domaines du livre, de l’audiovisuel et du patrimoine immatériel, en échange d’une dotation de 630.000 euros par an.

Pour certains, les nouvelles régions sont trop grandes pour créer des politiques culturelles de proximité et les manifestations risquent de se concentrer dans les métropoles au détriment des zones rurales. Pour d’autres, la tentation est grande pour les tenants du pouvoir local de concentrer les crédits culturels sur des événements ou des structures à caractère clientéliste.

Les trois batailles à mener

En France, il existe autant de ministres de la culture que de commentateurs. Ces lignes ne prétendent pas réussir là où tout le monde échoue, mais à identifier quelques priorités. La première serait d’assumer le rôle économique de la culture. Cela implique d’arrêter la « subventionnite » systématique et de poursuivre les efforts engagés pour trouver des financements privés qu’il s’agisse de mécénat, d’événementiel, voire de partenariat public-privé.

Ainsi, la chaîne Hôtels & Patrimoine exploite dans ce cadre, des chambres dans des sites historiques comme l’abbaye de l’École de Sorèze dans le Tarn, le couvent royal Saint-Maximin dans le Var ou le château fort de Sedan.

Culturespaces, filiale d’Engie, gère une douzaine de sites comme le musée Jacquemart-André, les arènes de Nîmes ou le théâtre antique d’Orange dans le cadre de délégations de service public. Plusieurs fondations d’entreprises comme Orange et Rothschild soutiennent la pratique artistique dans des banlieues difficiles par exemple Aulnay-sous-Bois. Le Puy-du-Fou rencontre quant à lui un vif succès à l’exportation.

Une seconde priorité consisterait à rapprocher la culture du public. Non en « baissant le niveau », mais en se mettant à son niveau, grâce notamment à de nouveaux outils. Lors de l’exposition Vélasquez au Grand-Palais (Paris), les visiteurs pouvaient zoomer sur des oeuvres grâce à des Google Glass. La 4D et les hologrammes ouvrent de nouvelles perspectives. D’une manière générale, la culture gagnerait à se montrer plus « inclusive » ou « participative ».

Une ambition qui passe par la revalorisation des métiers de la médiation et le développement de projets culturels « itinérants », capables de se déplacer dans des lieux comme les écoles, les universités, les maisons de retraite, les entreprises et les déserts culturels en zone rurale.

Enfin, il semble urgent de rationaliser les compétences et la répartition des ressources, ne serait-ce que pour sortir des logiques quantitatives. En France, la question des moyens l’emporte souvent sur celle des fins. La politique culturelle n’échappe pas à la règle : chaque année, le débat se résume à un pourcentage de budget.

En attendant, des questions plus essentielles demeurent : comment dépenser cet argent et pour quoi faire ? Construire des salles de spectacle, c’est bien. Donner l’envie de s’y rendre, c’est mieux.

Jean-Michel Arnaud, président du groupe Domaines Publics

 

 

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