Comment Macron tente de « tuer » la gauche et la stratégie de Mélenchon pour résister

Publié le 04/07/2018

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Pour la gauche radicale, menée par Jean-Luc Mélenchon, les mobilisations actuelles sont l’occasion de prendre sa revanche sur une élection présidentielle dont il n’a pas digéré le résultat.

La « marée populaire » du mois de mai a inauguré un nouveau format. C’était en effet une soixantaine d’organisations qui appelaient à manifester contre la politique d’Emmanuel Macron, parmi lesquelles la quasi-totalité des forces politiques de gauche et de nombreux syndicats. C’est par une union politico-syndicale durable assise sur un soutien populaire que Jean-Luc Mélenchon pense pouvoir faire échec aux projets du gouvernement. Mais une telle évolution reste aujourd’hui peu probable, et pas seulement du fait de la mobilisation en demi-teinte des opposants au Président. Les convergences ponctuelles ne peuvent masquer les profondes divergences qui persistent entre forces politiques et syndicales, et au sein même de ces dernières.

Si Emmanuel Macron n’a pas été porté au pouvoir par un grand mouvement populaire et reste une figure clivante, il a su exploiter l’état actuel de l’opinion publique. Au-delà des nuances, l’idée que les réformes sont indispensables à la France s’est solidement installée. Sur le champs économique et social, il jouit donc d’une majorité de fait qu’il exploite en multipliant les chantiers. L’opinion, échaudée par l’immobilisme des anciennes majorité, lui accorde le bénéfice du doute et attend de juger sur pièce les résultats d’une politique par ailleurs clairement annoncée pendant la campagne. Dans le même temps, l’opposition demeure encore plus impopulaire que lui, neutralisant toute idée de soulèvement populaire contre sa politique.

Face à la dynamique macronienne, partis et syndicats n’ont ni les mêmes intérêts ni la même stratégie. Pour la gauche radicale, menée par Jean-Luc Mélenchon, les mobilisations actuelles sont l’occasion d’asseoir définitivement son leadership à gauche et de prendre sa revanche sur une élection présidentielle dont il n’a pas digéré le résultat. Il ne s’agit pas tant de faire échec au Président que de prendre rendez-vous pour les prochaines échéances. C’est ce qui explique son refus obstiné de toute stratégie « d’union de la gauche » pourtant la seule à même de réveiller l’opinion. A ce titre, l’ostracisme dont est victime le Parti Socialiste pourrait bien se retourner contre ses auteurs, car il est illusoire de vouloir créer un front social d’opposition au Président sans y inclure une gauche modérée qui fut séduite, mais voit ce début de quinquennat d’un œil circonspect.

Pour les syndicats, la priorité n’est pas de mener à un changement de gouvernement mais d’atténuer autant que possible les effets d’une politique qu’ils jugent néfastes et d’arracher des concessions au pouvoir en place. Ils n’ont aucune envie, et surtout pas la CGT de Philippe Martinez, pourtant idéologiquement la plus proche de lui, de servir de courroie de transmission au leader de la France insoumise. La stratégie jusqu’au-boutiste de la centrale sur le dossier de la SNCF relève bien plus de rapports de force entre syndicats et d’équilibres internes que de la volonté de créer un grand mouvement social dans le pays. Il peut y avoir des intérêts communs ponctuels, mais il n’y aura sans doute pas de convergence et d’union durable entre forces politiques et syndicales. L’arrivée de Pascal Pavageau à la tête de FO, tenant d’une ligne plus dure que son prédécesseur, ne devrait pas changer cet état de fait.

La multiplication des journées d’action et la relative unanimité du moment pour s’opposer aux projets d’Emmanuel Macron ne doit donc pas masquer la réalité d’une grande fracturation du champ politico-syndical et des difficultés à mobiliser plus largement la population. Si le Président sort vainqueur de ce rapport de force, il sera en position favorable pour aborder les prochaines échéances électorales. Mais attention, l’horizon n’est néanmoins pas entièrement dégagé pour lui. Tôt ou tard, les premiers effets de sa politique se feront sentir et la gauche modérée qui l’a porté au pouvoir finira par demander des comptes. C’est là que l’avenir de son quinquennat se jouera.

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