Réduire les tensions sociales, consolider l’ordre public

Publié le 29/03/2021

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La question de la sécurité en France peine trop souvent à être traitée avec le recul nécessaire. La réalité des chiffres disparaît derrière un sentiment d’insécurité aux contours mal définis, regrette Jean-Michel Arnaud, vice-président de Publicis Consultants. Il plaide, dans une tribune aux «Echos», pour une nouvelle politique de citoyenneté.

Que la sécurité s’impose comme un thème central du débat pré-électoral n’a rien de surprenant, avec en bruit de fond l’idée d’une dégradation continue de la situation. La réalité est que les chiffres de la délinquance et de la criminalité sont remarquablement stables ces dernières décennies. L’insécurité « réelle » ne progresse pas, ou peu, mais l’insécurité « vécue » s’étend. Le seuil de tolérance diminue dans la population, notamment s’agissant des actes de violence. De plus, au-delà des infractions clairement identifiés et réprimés sur lesquelles se fondent les chiffres (homicides, délinquance sexuelle, vols, etc.), l’insécurité se nourrit d’une myriade de micro-comportements, d’incivilités récurrentes, peu souvent pénalisées et qui minent le quotidien. Pour les traiter, mobiliser l’appareil sécuritaire et judiciaire ne peut constituer la seule réponse. Il faut une nouvelle politique de citoyenneté qui réduise les tensions sociales et consolide l’ordre public, un chantier long et complexe.

L’action des pouvoirs publics est rendue d’autant plus difficile que ceux qui se trouvent en charge de la mettre en œuvre voient leur légitimité et leur travail contestés. Les forces de l’ordre sont touchées de plein fouet par les accusations de violence et de racisme, phénomènes systémiques pour les uns, sommes d’actes isolés pour les autres. Aucun acte de ce type ne saurait évidemment rester impuni, au risque de creuser encore un peu plus le fossé existant entre la police et la population. La séquence des Gilets jaunes a laissé des traces, qu’ont empruntées les militants antiracistes dans le sillage du mouvement Black Live Matters. Si les forces de l’ordre ne sont plus vues comme des agents dévoués à la population et à la paix civile, mais au service d’un clan ou d’une idéologie, alors le péril est immense.

Dire cela ne doit pas conduire à jeter l’opprobre sur toute une profession, d’autant qu’elle est loin d’être récompensée par une considération à la hauteur de son dévouement. Un profond mal-être s’est emparé des forces de l’ordre, illustré de la plus dramatique des manières par la vague de suicides qui les touche. Les causes en sont multiples : mauvaises conditions de travail, relation dégradée à la population, perte de sens, … Sans une amélioration de l’ordinaire policier il est illusoire d’espérer régler les problèmes d’insécurité du pays. Le « Beauvau de la sécurité « doit s’emparer de ces problématiques pour proposer de nouvelles perspectives aux forces de l’ordre.

Cela passera notamment par une profonde réflexion sur les missions qui leur sont confiées. Au carrefour de tous ces enjeux se trouve la politique française en matière de stupéfiants, dont l’orientation répressive ne cesse d’être interrogée. Coûteuse en homme et en moyens pour la justice et les forces de l’ordre, génératrice de tensions entre ces dernières et les habitants des quartiers, elle est aussi peu efficace du point de vue de la santé publique. Alors que l’Assemblée nationale réfléchit à de potentielles réformes du cadre juridique applicable au cannabis, le Gouvernement ne paraît pas prendre le chemin d’un quelconque assouplissement de la législation en vigueur.

Le dernier enjeu, central, est celui de l’ancrage territorial de la sécurité intérieure. C’est par lui que l’action des forces de l’ordre peut gagner en efficacité, par la connaissance du terrain et la faculté d’agir vite, et que la confiance peut être restaurée avec la population. Une visibilité accrue permet aussi de lutter contre le pernicieux « sentiment d’insécurité ». La Police de Sécurité du Quotidien (PSQ) lancée en 2018 a ouvert la voie, mais d’autre chantiers sont à mener pour améliorer la coordination et le dialogue entre les différents acteurs : police, gendarmerie, magistrats et élus locaux. L’extension du champ de compétence de la police municipale est une initiative bienvenue, le principal enjeu étant d’améliorer l’articulation de son action avec celle des autres forces régaliennes.

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