Grand âge : mieux accompagner

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Alors que la durée de vie ne cesse d’augmenter, l’espérance de vie en bonne santé stagne depuis dix ans. Mécaniquement, le nombre de personnes en perte d’autonomie va bondir : la France en comptera 1,6 million en 2030, puis 2,45 millions en 2060. Dans le système d’accompagnement actuel, une telle croissance du nombre de bénéficiaires entraînera un doublement de la dépense publique qui leur est consacrée (de 1,1 point de PIB en 2014 à 2,07 en 2060).

La question du financement est donc l’enjeu central des réformes à venir. Parmi les pistes évoquées, une deuxième journée de solidarité qui pourrait générer 2 milliards d’euros par an. Autre solution : la création d’un cinquième risque qui instaurerait une contribution redistribuée à ceux qui en ont besoin. C’est plus ou moins ce qu’a choisi le Japon avec une assurance nationale obligatoire pour le grand âge à laquelle cotisent mensuellement les 40 ans et plus en fonction de leurs revenus. Se pose aussi la question du reste à charge et de la manière de développer l’assurance privée, à l’image de ce qui se fait pour les mutuelles.

Evidemment, la question du financement est indissociable de celle des services proposés aux personnes âgées. Les Français préfèrent vivre le plus longtemps possible à leur domicile. Cela peut se comprendre aussi bien pour des raisons émotionnelles que pour la réputation dégradée des EHPAD due en grande partie au manque de moyens et d’attractivité des métiers dans ces établissements. Il est peut-être temps de réfléchir à de nouvelles formes de vie pour les personnes âgées, comme ces résidences partagées d’Europe du Nord qui permettent une sociabilité tout en conservant autonomie et intimité de la personne.

Comme souvent, les nouvelles technologies seront un élément clé du chantier à venir. Si elles ne peuvent se substituer au besoin fondamental d’une présence humaine, elles offrent des solutions pour garantir la sécurité et améliorer le quotidien des seniors. L’accompagnement de la dépendance est aussi un enjeu civilisationnel. Quelle place laissons-nous à nos aînés ? Leur permettre de vivre pleinement leur vie et respecter leur volonté sont des devoirs. Il faut aussi se rendre compte à quel point les seniors restent utiles, pleinement intégrés à notre société : bénévolat, garde d’enfants, soutien aux proches, etc. Sans leur capacité à se mobiliser, notre situation serait bien différente. Le défi du grand âge, c’est celui d’une société plus riche, dans tous les sens du terme.