Inclusion numérique : Une urgence nationale

La crise du covid-19 vient nous le rappeler : le numérique s’est plus que jamais fait une place de choix dans nos sociétés. Ce mouvement irréversible a de nombreuses vertus, tant pour l’économie que pour le citoyen. Il est un facteur de croissance, de progrès, de démocratisation des savoirs et de la parole. Mais comme toutes les ruptures majeures, il menace de renforcer les inégalités présentes dans la société et d’en créer de nouvelles. Pour des centaines de milliers d’élèves et des millions de Français, la classe à distance est un leurre et le confinement synonyme d’isolement, faute d’équipement adapté et de connaissances adéquates.

Le retard en infrastructure est toujours là : on estime par exemple que 10,1% des consommateurs ne disposent pas d’un Internet de qualité minimale et que près de 12,8 millions de personnes se trouvent privées d’un “bon haut débit”. Mais la fameuse « fracture numérique » est bien plus profonde, car au-delà de l’équipement, encore faut-il avoir les compétences. Or, des millions de Français sont en situation d’illectronisme, incapables d’utiliser les outils numériques pour réaliser de simples tâches, comme naviguer sur un site internet ou envoyer un courriel. Cette fracture n’est pas uniquement générationnelle, comme on le pense trop souvent, elle est aussi sociale et territoriale.

L’exclusion qu’implique l’illectronisme touche bien des aspects de la vie. Garder contact avec ses proches, mais aussi effectuer des démarches administratives et trouver du travail. Pour les plus modestes, Internet offre la promesse d’un rééquilibrage, d’un accès à la connaissance immédiat qu’ils n’ont pas forcément eu durant leur parcours scolaire. Mais cela suppose des compétences encore plus élaborées : trier l’information, vérifier les sources et repérer les fake news qui prospèrent.

L’inclusion numérique doit donc être une priorité. Elle fait l’objet d’une stratégie ambitieuse au niveau national et se trouve aussi portée par une multiplicité d’acteurs locaux qu’il faut parvenir à coordonner. Elle ne saurait se limiter à une approche purement opérationnelle visant la facilitation de l’accès aux outils et aux usages. Elle induit également que l’on comprenne les effets transformateurs de la révolution numérique, en termes d’accélération et de transparence des échanges humains et marchands, et que l’on soit en mesure de repenser l’organisation de la société tout entière.