Handicap, priorité à l’emploi

Janvier 2016

Sans être taboue, l’insertion professionnelle des personnes handicapées continue d’être une question sensible. Alors que la France comptait 471000 personnes handicapées au chômage en 2015, des voix s’élèvent pour réformer les politiques d’insertion. Jusqu’où? De 2007 à 2014, le nombre de reconnaissances de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) est passé de 1,8 à 2,5 millions. En cause? L’allongement de la durée du travail, l’intensification des tâches, l’apparition de nouveaux handicaps ou de maladies chroniques. Grâce notamment aux quotas, 36% d’entre eux travaillent. Avec un taux moyen de 4,9%, la fonction publique, en particulier territoriale, fait figure de bon élève. 58000 travailleurs handicapés, soit 7%, sont des indépendants. Grâce à l’Agefiph, 3000 personnes handicapées créent ou reprennent une activité. Cependant, beaucoup rejoignent un établissement de service d’aide par le travail (ESAT) ou une entreprise adaptée (EA). Salutaires, ces efforts se heurtent toutefois à des limites. Un grand nombre de travailleurs handicapés n’ont pas accès aux entreprises ordinaires, voire à des formations supérieures. Certains ne parviennent pas à se maintenir dans l’emploi, faute d’accompagnement. Trop souvent encore, les employeurs considèrent l’embauche d’une personne handicapée comme une contrainte. Pourtant, de grands groupes comme Carrefour, Air France, la CNP ou Gecina ont choisi de mener des politiques volontaristes. Les TPE, qui concentrent la moitié des offres d’emploi en France, emploient 120000 travailleurs handicapés, bien qu’elles soient exonérées de quotas. Des écoles de commerce sensibilisent les futurs cadres au handicap. Un consensus semble se dégager autour de mesures prioritaires, parmi lesquelles: simplifier les aides et les procédures, mieux coordonner les efforts au niveau local, sensibiliser dirigeants et syndicats, encourager la formation professionnelle de ces publics pour les aider à trouver des emplois dans des secteurs émergents comme le numérique, garantir un accompagnement de longue durée dans l’emploi… En un mot, «banaliser» le handicap pour passer d’une logique de quotas à une logique de compétences. Ainsi, le Royaume-Uni aborde la question du handicap sous l’angle de la non-discrimination. Et si le premier handicap dont souffrait notre pays était son aveuglement face aux vertus de la différence?