Réinventer l’espace public L’agora 4.0

L’espace public est une réalité multiple qui nous permet de nous rencontrer, d’échanger idées et points de vue, tout simplement de faire communauté.  C’est bien une question spatiale qui a conduit la contestation des Gilets jaunes avec la peur d’une frange de la population d’être reléguée, géographiquement et politiquement. Et c’est dans l’espace public que cette mobilisation s’est matérialisée, ronds-points, parkings, autant d’endroits devenus lieux de discussion. Cette question n’est pas seulement celle de la France périphérique, elle touche aussi les villes.

La mobilité adaptée à chaque territoire est un des enjeux. Dans les zones peu urbanisées, il s’agit de garantir la continuité des transports publics et d’agir sur le coût pour ne pas exclure certaines populations de l’espace public. La voiture restant un moyen de transport pour nombre de trajets, il faut impérativement privilégier les véhicules propres et partagés. En ville, l’offre de transports en commun doit être plus attractive. La gratuité ? Une solution, adoptée par certaines villes. Les mobilités douces comme le vélo doivent être encouragées et les nouvelles micro-mobilités comme les trottinettes électriques régulées.

Le nouvel espace public sera sans conteste un espace numérique. Un progrès technologique qui offre le meilleur comme le pire. La digitalisation des transports publics permet déjà le paiement en ligne et une information en temps réel de l’état du trafic. Le numérique permet aussi de connecter des populations éloignées géographiquement ou diminuées physiquement. Mais c’est encore un espace mal régulé, où les expressions de haine sont exacerbées et les données personnelles à la merci de piratage. Sans idéaliser ni diaboliser, il faut là encore bâtir un cadre protecteur qui permette au numérique de nous simplifier la vie sans nous déshumaniser.

L’espace public doit aussi se verdir pour créer de nouveaux lieux de rencontre et le maintien de la biodiversité. Il faut aussi être attentif à la qualité visuelle des constructions et du mobilier urbain, à l’image de la commission britannique dédiée à ce sujet et présidée par le philosophe Roger Scruton.

Enfin, l’agora démocratique doit être reconstituée : un message fort des Gilets jaunes. Si la démocratie représentative est sans doute le régime le plus efficace au niveau national ou international, rien n’empêche de réinventer des formes de participation locale. Des villes ont adopté avec succès des modèles de gouvernance collective. Comme le disait déjà Tocqueville, ce sont ces libertés locales qui forgent l’esprit démocratique et permettent le vivre-ensemble.