Urbanisme commercial : repenser les modèles

L’urbanisme commercial est en pleine mutation. Enfants du consumérisme débridé, les centres commerciaux n’ont plus la cote. En témoigne l’abandon du projet Europa City, vaste zone commerciale et de loisir devant notamment accueillir, à côté de centaines de boutiques, une piste de ski couverte. Critiqué pour ses effets néfastes, menacé par l’évolution des modes de consommation, ce modèle marque le pas.

L’expansion des zones commerciales périphériques a provoqué de profonds déséquilibres et généré de nombreux coûts environnementaux. Elles participent à l’étalement urbain, à l’artificialisation des sols et au tout-voiture. Les centres-villes ont pour leur part beaucoup souffert de la concurrence des grandes surfaces, avec des conséquences dramatiques en termes d’attractivité, de développement économique et de qualité de vie.

Le besoin de repenser l’urbanisme commercial s’explique aussi par les changements à l’œuvre chez les consommateurs. Le e-commerce est en plein boom, et certains consommateurs commencent progressivement à se détourner des grandes enseignes pour privilégier les circuits courts et faire revivre le tissu économique local. L’abondance et la surconsommation ne sont plus vraiment dans l’air du temps.Promoteur actif des grandes zones commerciales dans un premier temps, l’État a progressivement commencé à changer son fusil d’épaule et multiplie désormais les initiatives. Les lois NOTRe et ELAN ont par exemple donné de nouveaux outils aux collectivités pour gérer leur urbanisme, tandis que l’« Action cœur de ville » permet de soutenir les projets des collectivités à hauteur de cinq milliards d’euros.

Les villes elles-mêmes ont pris le problème à bras-le-corps. La solution ne peut être que multidimensionnelle : repenser le logement, les services publics et l’identité même de la ville. Certaines n’hésitent plus à se doter d’un manager du commerce.

L’enjeu n’est pas tant d’opposer les modèles que d’arriver à un meilleur équilibre et une meilleure coordination. Le digital n’éloigne pas forcément le client des magasins : le e-commerce a besoin de points de vente physiques pour venir retirer ou retourner des commandes, essayer des produits ou bénéficier de conseils spécialisés. Les centres commerciaux font eux-mêmes leur mue, plus ouverts sur la ville et respectueux de leur environnement.